Dans le brouillard de la ville, le bateau a levé l'ancre.
De nouveau a retenti la si triste mélodie. Lui s'est soulevé. Il s'est effacé, dans les nuages.
Bleues, ses fenêtres de verre se sont faites blanches, blanches.
Il a glissé, il s'est évaporé.
Il est parti.
Mes ailes sont revenues à l'instant de sa mort. Et j'ai regardé le ciel, le ciel blanc, le ciel blanc.
Je me suis envolée, dans le blanc, dans le blanc grisâtre du ciel, du ciel d'ouate. Je me suis envolée, pour rejoindre le bateau.
Le sol est seul témoin de son passage, le sol, la route, devant. Il a déraciné ses caves, emmené, dans son voyage, un peu de trottoir.
Et le brouillard m'a avalée, moi aussi. Blanc. Gris.
Fibres de nuages, enveloppée, je me suis perdue.
Plus de sol, de murs, de plafond : partout, ce coton froid, doux. Cheminée qui le nourrit, le crée, plus bas, plus bas, tellement plus bas...
De mes ailes, j'ai eu peur de heurter les toits, les cheminées.
Me voilà haut, tellement haut ! Mon vol se suspend, s'arrête.
Il fait froid. Il fait si froid. Des formes se meuvent, dans la brume, ombres blanches dans l'espace blanc. Êtres, figures, silhouettes. Vagues, grises.
De nouveau se découpe le bateau, de nouveau, bleu, vert, gris, pâle. Il flotte, se fait plus net. Plus net. Il nage dans cette brume infinie, infinie.
Sans étoiles.
Le bateau est sorti du brouillard, la route à ses côtés. Verre, métal, béton. Il est redevenu, il s'est figé, de nouveau.
Ciel blanc, le monde est réapparu.
Et je suis redescendue si bas, si bas.
Si bas, les ailes se sont fondues dans les nuages.
J'ai regardé, par la fenêtre, et j'ai vu le ciel, gris et blanc, gris et blanc.
Gris et blanc, et bleu, légèrement.
Et il a commencé à neiger.